Un travailleur tombe malade : qui le paie, et jusqu'à quand
Publié le 7 septembre 2026 — Aureus Social Pro
En résumé : les 30 premiers jours sont à votre charge — c'est le salaire garanti. Ensuite la mutuelle prend le relais. Et le calendrier n'est pas le même selon que le travailleur est ouvrier ou employé : c'est là que se logent la plupart des erreurs de paie.
Ce que le travailleur doit faire, et dans quel délai
Deux obligations, et elles ne se confondent pas. La première est d'avertir immédiatementl'employeur — pas le lendemain, pas quand le certificat est prêt. La seconde est de remettre le certificat médical.
Le délai légal de remise est de 2 jours ouvrables, sauf si une convention collective ou votre règlement de travail en fixe un autre. C'est un point à vérifier dans votre règlement avant d'appliquer le délai par défaut : beaucoup d'entreprises en ont un plus court, et il prime.
La dispense de certificat pour un jour. Le travailleur peut ne pas remettre de certificat pour le premier jour d'incapacité, 2 fois par année civile. Une entreprise de moins de 50 travailleurspeut écarter cette dispense — mais uniquement par convention collective ou par son règlement de travail, jamais par une note de service.
Les 30 premiers jours : c'est vous qui payez
C'est le salaire garanti, et c'est la partie que les employeurs sous-estiment le plus souvent en trésorerie : pendant un mois, vous payez un salaire sans prestation, et vous ne récupérez rien.
Pour un employé, c'est simple : 100 % de la rémunération pendant 30 jours.
Pour un ouvrier, le calendrier est dégressif et c'est là que ça se complique :
- du jour 1 au jour 7 : 100 % de la rémunération
- du jour 8 au jour 14 : 85,88 %
- du jour 15 au jour 30 : 25,88 % sur la part de rémunération qui reste sous le plafond de l'assurance maladie-invalidité, et 85,88 % sur la part qui le dépasse. La mutuelle couvre le reste sous le plafond.
Ce plafond journalier vaut actuellement 186,79 € en régime six jours. Il bouge à chaque indexation : c'est la valeur qu'il faut re-vérifier avant tout calcul manuel, et la raison pour laquelle une feuille de calcul maison finit toujours par payer faux.
Le jour de carence n'existe plus
Il revient régulièrement dans les conversations, et il est supprimé depuis le 01/01/2014 par la loi sur le statut unique. Le premier jour d'incapacité est payé exactement comme les suivants, pour les ouvriers comme pour les employés.
Retenir une journée « de carence » aujourd'hui, c'est retenir une rémunération due — et le non-paiement de la rémunération est une infraction, pas un différend.
Après 30 jours : la mutuelle
Passé le salaire garanti, c'est l'assurance maladie-invalidité qui prend le relais. On entre en incapacité primaire, qui dure jusqu'à un an.
L'indemnité vaut 60 % de la rémunération plafonnée, avec un maximum de 112,08 € par jour. Le mot plafonnée est celui qui surprend le travailleur : au-delà d'un certain salaire, l'indemnité ne suit plus, et la chute de revenu est brutale au trente-et-unième jour.
Après un an, on passe en invalidité, et le taux dépend alors de la situation familiale : 65 % avec charge de famille, 55 % pour un isolé, 40 % pour un cohabitant.
Ces indemnités subissent un précompte professionnel : 10,09 % les six premiers mois, 11,11 % ensuite.
Ce qui coûte le plus cher dans la pratique
Le statut mal encodé. Un travailleur inscrit comme employé alors qu'il est ouvrier reçoit 100 % pendant un mois au lieu du calendrier dégressif. L'erreur ne se voit pas sur la fiche : elle se voit à la régularisation.
La rechute. Une nouvelle incapacité qui survient peu après la première ne rouvre pas toujours un nouveau salaire garanti. C'est le cas le plus fréquemment mal traité, et il se tranche sur le dossier, pas sur une règle générale.
Le plafond périmé. Voir plus haut. Un plafond de l'an dernier appliqué cette année donne un montant faux qui a l'air juste.